Nature vs Culture First Edition Softcover 235 pages Texts in French   New       EUR 19 ORDER

Sylvain Piron, L’Occupation du monde, Zones Sensibles, 2018

OCCUPATION : Empr. au lat. occupatio ; angl. business || Subst. fem. Action d’occuper (un lieu, un espace, une surface, une position stratégique) : occupation militaire d’un territoire. || Dr. civil Titre juridique accordé au premier occupant d’une terre. || Occupation du sol : utilisation de l’espace d’un point de vue productif (agriculture, industrie). || Psych. État mental de celui qui n’est pas libre de ses pensées (« un homme trop occupé ne peut rien faire de bien », Sénèque).  || Être occupé : avoir toujours quelque chose à faire (« occupations professionnelles »). || Action d’occuper (un lieu, un espace) sans autorisation ou par la force : occuper un lieu de pouvoir.

Face à l’aggravation des crises environnementales qu’elle a provoquées, la société industrielle semble frappée d’aveuglement. Elle est bercée de l’illusion que tout finira par s’arranger, grâce à la souplesse du marché, l’innovation technique et l’inventivité du capital. Toute une mythologie économique entrave ainsi la réflexion et la perception de la gravité de la situation. Dans le but de défaire cette mythologie, ce livre cherche à en comprendre l’histoire, en associant deux voies complémentaires. Le désastre vers lequel nous avançons est annoncé depuis un demi-siècle. Parmi les penseurs de l’écologie politique des années 1967-72, les parcours de Gregory Bateson et d’Ivan Illich permettent d’observer l’émergence de cette réflexion, puis son occultation sous l’effet du tournant néo-libéral des années 1980. Mais pour saisir la puissance du mythe et ses effets dévastateurs, il faut remonter bien plus haut. L’appétit de transformation du monde naturel par l’action humaine correspond à une pente générale de l’Occident dans la longue durée du second millénaire de l’ère chrétienne. C’est ce que l’on peut décrire comme une dynamique d’occupation du monde, au double sens d’une occupation objective par des êtres subjectivement occupés à le transformer.

Les théologiens scolastiques ont été les premiers à observer le phénomène au XIIIe siècle. Point de départ d’une pensée de l’économie, leur philosophie morale peut aujourd’hui fournir des arguments critiques face aux dogmes de la pensée économique contemporaine. Alors que les réflexions politiques et sociologiques ont eu maintes fois l’occasion de reformuler leurs postulats, la pensée économique est demeurée prisonnière de présupposés qui lui confèrent à présent une texture quasiment théologique. Cet impensé est le premier responsable de notre incapacité à faire face aux crises actuelles.

Cet essai d’histoire de longue durée propose une interprétation globale du destin économique de l’Occident, en vue de défendre la nécessité d’un autre rapport au monde. Il sera suivi d’un second volume qui exposera la formation des mythes et des concepts économiques modernes.

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